Avantages colossaux, passe-droits innombrables, pouvoir sans limite : certains élus de notre République ont perdu le sens de la modestie et du service public. Véritables princes d'Ancien Régime, épris de luxe et d'apparat, ils évoluent dans un univers clos qui, derrière les bonnes intentions affichées, n'est ni vertueux ni transparent. Ministres, dirigeants ou  » barons locaux « , ils accumulent mandats, revenus et prérogatives, dirigeant en seigneurs et maîtres une démocratie d'apparence. 

Chapitre 1, p11-p12

« Dans sa structure, comme dans ses décors, cette pièce, située au rez-de-chaussée de l’hôtel de Bourvallais, laisse entrevoir toute sa majesté d’un style conçu pour magnifier le règne du Roi-Soleil. Dorures, symétrie parfaite des motifs sont autant de caractéristiques du classicisme en vogue à Versailles. Et, au centre de cette iconographie puissante, le soleil, motif royal par excellence, que l’on retrouve, entre autres, sur l’or des boiseries. »
Dorures, majesté, motif royal, boiseries, or, Roi-soleil… Décor fastueux pour palais princier. Princier ? Pas tout à fait. Nous sommes ici dans le bureau d’un ministre de la république française. Dans cette pièce, « chef d’œuvre du XVIIème siècle » qui ouvre « par de larges fenêtres sur les jardins de la chancellerie », le garde des sceaux dirige la Justice, comme avant lui, dans ces mêmes lieux, le firent les Grands du royaume, ministres de Louis XV ou de Louis XVI, princes d’une monarchie absolue qui, de Versailles à la place Vendôme, étalait sa puissance à coups de résidences luxueuses. Sans égal.

Depuis, Louis XIV qui assista à l’aménagement de ce magnifique hôtel « conçu pour magnifier son règne », rien ne semble avoir changé. La République est « rentrée dans les meubles » sans se formaliser d’un luxe d’un autre temps, sans trouver incongrue cette débauche d’or et d’argent, sans remettre en cause sa place dans le décor un peu chargé de la monarchie.

Vases et porcelaines de Sèvres, tapisseries « rares et uniques » de la manufactures des Gobelins, commode d’André-Charles Boulle, le plus grand ébéniste des XVII et XVIII siècles, lambris de bois doré et ciré, salon empire, guéridon en acajou, lustres précieux, corniches sculptées, lambris or : un ensemble digne de Louis XIV.

« Abus de pouvoir », Vincent Quivy, Editions du moment, 19,95 Euros