Flux RSS Juriguide.com
Actualités de la justice, renseignements juridiques, avocats, faits divers et grands procès

Attaquer les régies publicitaires pour lutter contre l’accès au porno des plus jeunes ?

pornographie  enfance  live-streaming  streaming illégal
Que ce soit sur ordinateur, tablette ou smartphone, le Web permet aux plus jeunes de jouer, partager et expérimenter… Les possibilités sont nombreuses, les risques aussi, notamment celui de tomber sur du contenu porno via des fenêtres pop-up intempestives, qui pullulent sur les sites de streaming et live streaming illégaux. Pour lutter contre ce phénomène, l’association Ennocence propose de s’en prendre au nerf de la guerre, l’argent, en attaquant les régies publicitaires qui assurent l’existence de ces sites.   

N’importe quel smartphone permet de se connecter à Internet, et les enfants peuvent donc s’en servir pour surfer sur le Web, télécharger des applications, visionner des vidéos ou encore réaliser des achats en ligne… Autant d’activités qui semblent désormais banales mais qui constituent un risque pour les mineurs.

L’Internet offre des possibilités infinies, en particuliers aux plus jeunes. Comme l’explique le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, « sur le net, on peut prendre un pseudonyme, se faire passer pour un garçon si l’on est une fille, être plus jeune, plus vieux… Sur le net, les enfants sont certains, à tout moment, de trouver quelqu’un pour jouer, parler, partager… »

Un constat confirmé par Marion Rousseau, interne en service de médecine générale au CHU de Caen, qui réalise sa thèse sur la cybersexualité. « A travers son écran, on se construit une identité, on peut changer de personnalité et l’on peut rencontrer des personnes plus âgées… C’est dans ces moments-là que les jeunes peuvent se retrouver en danger… », prévient-elle.

« Paupérisation du sentiment »

D’après le service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction du CHU de Caen, les deux tiers des adolescents font désormais leur première rencontre avec la sexualité sur Internet. Une enquête réalisée par l’Ifop et publiée le 20 mars dernier dévoile des chiffres similaires. Plus de la moitié (52 %) des 15-17 ans auraient déjà visionné une vidéo pornographique au cours de leur vie. Entre 2013 et 2016, le nombre d’adolescents ayant consulté des sites classés X sur leur smartphone est passé de 37 % à 51 %, neuf fois sur dix il s’agissait de plateformes gratuites. En moyenne, en 2016, les jeunes Français regardent leur premier film porno à 14,5 ans contre 14,8 ans en 2013.

Or, comme le signale le Dr Isabelle Asselin au CHU de Caen, l’exposition précoce aux images pornographiques modifie le regard des jeunes sur la sexualité. « Dans ces vidéos pornographiques, la sexualité est réduite à une performance physique dans laquelle les rôles masculins et féminins ne sont pas égaux. Il y a une véritable paupérisation du sentiment au profit de la performance physique », s’alarme-t-elle.

Mais les enfants peuvent également être exposés à des contenus inappropriés de façon involontaire. C’est souvent le cas lorsqu’ils regardent des émissions télé, des films ou des matchs sportifs sur les sites de streaming illégaux. Plébiscitées par les jeunes, ces plateformes génèrent des fenêtres publicitaires intempestives (les fameuses pop-up) qui contiennent des contenus à caractère pornographique et qui s’imposent aux enfants malgré eux.

Le streaming illégal en ligne de mire

Selon un sondage réalisé par OpinionWay pour l’association Ennocence, 55 % des parents estiment que leurs enfants regardent des vidéos sur des sites de streaming et de téléchargement illégaux. Et 66 % des sondés affirment que leurs enfants leur ont déjà parlé d’images à caractère pornographique qu’ils ont vues sur un de ces sites. La plupart des enfants (79 %) ont été confrontés à ces images involontairement.

Créée en 2015 pour lutter contre les risques d’exposition des plus jeunes à la pornographie en ligne, l’association Ennocence ne cesse de sensibiliser les pouvoirs publics et la société civile face à ce qu’elle considère comme un danger majeur pour les mineurs. Les membres de l’association ont notamment été reçus par l’ancienne secrétaire d’Etat au numérique, Axelle Lemaire, qui a pu écouter le diagnostic et les solutions que l’association propose.

Pour Gordon Choisel, président d’Ennocence, s’en prendre judiciairement aux plateformes de streaming est inefficace, la plupart d’entre elles étant hébergées à l’étranger. « Notre angle d’attaque est différent. Nous allons tenter de couper leurs rentrées financières en attaquant en justice des régies publicitaires qui jouent les entremetteuses », prévient-il.

Quoi qu’il en soit, il est urgent que les parents s’intéressent de près aux contenus que leurs enfants consultent, y compris involontairement, sur leurs ordinateurs, tablettes ou smartphones. C’est d’ailleurs l’objectif de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) en Suisse. Grâce à une technique de réalité virtuelle, elle réalise des vidéos permettant aux adultes de se plonger dans l’univers numérique de l’enfant et de vivre une véritable expérience à travers leurs yeux.

Preuve que la technologie peut aussi être utilisée de manière responsable dans l’intérêt des plus fragiles.


commentaires
Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier !
laisser un commentaire