Angelina Jolie a révélé la semaine dernière être victime d'un gène défectueux, la poussant à subir une ablation des seins. L'actrice hollywoodienne révèle par la même occasion la bataille juridique contre la société de biotechnologies Myriad Genetics qui en revendique la propriété.

L'affaire oppose Myriad Genetics à des organisations de médecins, de patients et de défenseurs de libertés. La société de biotechnologies a déposé neuf brevets sur les gènes BRCA1 et BRCA2, présents dans les formes héréditaires de cancers de l'ovaire et du sein, lui conférant le droit exclusif de conduire les recherches dessus. Angelina Jolie doit se prononcer à ce sujet devant la Cour suprême américaine le mois prochain.

Un monopole contesté

Myriad est parvenu à isoler les gènes défectueux en 1990. Mais depuis, le monopole que la société s'est attribué est devenu un véritable frein à la recherche fondamentale.

« La question juridique centrale est : est-ce que Myriad a inventé quoi que ce soit? », a expliqué Sandra Park, avocate de l'Union américaine pour la défense des libertés (ACLU). « Ils ont fait avancer la connaissance scientifique, mais on n'obtient pas un brevet juste pour avoir identifié quelque chose qui est dans la nature », plaide-t-elle.

Comme Angelina Jolie, 0,2 % des femmes portent le gène défectueux. Leur risque de développer un cancer du sein est de 87%, et de 50% pour un cancer de l'ovaire, contre 10 % de chances pour une femme ne portant pas le gène.

Un dépistage trop cher

L'actrice de 37 ans a souligné dans l'une de ses déclarations le coût excessif du test de dépistage de ces gènes que seul Myriad Genetics est disposé à fournir. Un coût s'élevant à 3,000 dollars constituant un véritable obstacle pour de nombreuses femmes, a-t-elle expliqué.

La démarche est saluée par les plaignants. « La lumière qu'elle jette sur les barrières aux tests, notamment leur coût, est l'une des questions au cœur de notre affaire » a déclaré Sandra Park.

Myriad répond a cela que la société a investi 500 millions de dollars afin de développer ses tests qui offrent les résultats les plus rapides. Selon l'entreprise, 95% des patientes américaines ont accès au test via leur assurance maladie, pour 100 dollars en moyenne.

Ces gènes qui appartiennent à des sociétés privées

La loi sur les brevets de 1952, sur laquelle s'appuie Myriad Genetics, inclut tout ce qui est le produit de l'ingéniosité humaine. Myriad n'est donc pas la seule société a avoir breveté des gènes isolés.

Sur les 24,000 gènes humains, près de 20% font actuellement l'objet d'un brevet. On compte parmi eux des gènes liés à la maladie d'Alzheimer ou à des cancers. Ces brevets peuvent être la propriété de sociétés privées, mais également d'universités et d'instituts de recherche soucieux de les garder dans le domaine public pour empêcher les firmes de s'en emparer.

La décision de la Cour suprême est attendue fin juin. Les brevets de Myriad doivent expirer dans deux ans.