En 2009, la victoire d'Irina Bokova face à l'égyptien Farouk Hosni pour le poste de Directeur général de l'Unesco avait fait couler beaucoup d'encre. Il est probable que l'élection de novembre prochain, à laquelle l'actuelle tenante du poste candidate, fasse de même. Car c’est le moment pour Irina Bokova de rendre des comptes, notamment concernant l’affaire Nasrawin

Entre Rachad Farah critiqué pour les problèmes du pays dont il est l'ambassadeur à Paris, Djibouti et Mme Bokova mêlée à des affaires douteuses liés à l'Unesco, faire la part des choses entre le fond et la forme risque d'être compliqué pour le Comité exécutif de l'Unesco.

Déjà lors de la dernière élection il y a 4 ans, tout ou presque se jouait entre celle qui allait devenir la première femme au poste de directeur générale de l'Unesco et celui qui souhaitait être le premier responsable issu d'un pays arabe à être nommé, Farouk Hosni. Aujourd'hui, le duel qui oppose les principaux candidats à l'élection, Irina Bokova et Rachad Farah, a comme un air de déjà vu.

Rachad Farah, ambassadeur d’un pays à la démocratie contestée

L'ambassadeur de Djibouti à Paris axe en effet principalement son programme sur les Etats Africains et Arabes. La comparaison s'arrête cependant à ce point, M. Farah étant encore loin d'atteindre le nombre de scandales provoqués par Farouk Hosni à son époque dont les déclarations antisémites ont eut raison de sa candidature.

Rachad Farah n'est pourtant pas exempte de critiques et sa candidature au poste de directeur général de l'Unesco soulève quelques interrogations. Il est bien soutenu par la Ligue arabe, l'Union africaine, l'Organisation de la coopération islamique et bien d'autres, mais est l'ambassadeur d'un pays à la démocratie contesté. Cette fonction lui vaut quelques critiques notamment d’une trentaine d’intellectuels signataires « de Djibouti, d'Afrique et du monde » qui ont adressé une lettre ouverte de aux membres du Comité exécutif de l'Unesco afin de souligner la répression dont souffrent les Djiboutiens.

A en croire cette lettre, la candidature de l'ambassadeur de Djibouti est une insulte à l'intégrité de l'Unesco, pourtant déjà entachée par certaines affaires comme celle de Nasrawin, dans laquelle Irina Bokova, l'autre candidate, est loin de briller par son intégrité.

Les casseroles d’Irina Bokova : l’affaire Nasrawin

En juin 1999, M. Nasrawin se voit nommer par le directeur général de l'Unesco de l'époque, M. Mayor, à un poste créé à cet effet et supposé durer deux ans, une place dans le budget ayant été libérée. Bien que toutes ces dispositions prises aient été écrites noir sur blanc par M. Mayor et qu'elles ne dérogeaient à aucune régles établies, lorsque Koïchiro Matsuura a succédé à M. Mayor, il décida, parmi tant d'autres suppressions, de supprimer le poste de M.Nasrawin sans donner d'explications valables.

M. Nasrawin s'est donc naturellement tourné vers le tribunal administratif de l'Organisation internationale du travail (TAOIT), seule autorité compétente pour gérer les suppressions de postes à l'Unesco. Koïchiro Matsuura a d'abord prétexté que ce poste créé pour M. Nasrawin par M. Mayor ne rentrait pas dans le budget. Puis, voyant que M. Nasrawin pouvait prouver que cette création avait été faite en toute légalité, M. Matsuura et son bureau ont avancé que le directeur général ne pouvait créer que certains postes et que celui-ci n'en faisait pas parti, argument également fortement réfuté par M. Nasrawin, soutenu par l'ancien directeur général M. Mayor. Malgré un nombre assez accablant de preuves, le tribunal a statué en faveur de M. Matsuura, laissant M. Nasrawin penser que le procès était truqué.

Depuis, M. Nasrawin continue son combat pour faire valoir ses droits, toujours soutenu par M.Mayor mais également par le Syndicat du personnel de l'Unesco et la Ligue des Droits de l'Homme. Avec l'élection en 2009 d'Irina Bokova, un nouvel espoir nait pour M.Nasrawin, espoir très vite mis en pièce par la nouvelle directrice générale.

Celle qui lors de son élection a souhaité que l'Unesco soit « le leader des idées humanistes de la communauté internationale » a d'abord ignoré toutes les lettres et demandes de M. Nasrawin avant de tout simplement tenter d'étouffer l'affaire. Aujourd'hui, M. Nasrawin, fort de ses soutiens de plus en plus nombreux, réclame un audit public international et indépendant afin de non seulement rétablir la vérité sur cette affaire, mais également pour révéler au grand jour les manœuvres frauduleuses réalisées par l'ancien directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, et perpétuées par la tenante du poste, Irina Bokova.

L'honnêteté de Mme Bokova est mise à rude épreuve que ce soit par des scandales comme celui-ci, ou par certaines de ses visites qui créent la polémique. Celle qu'elle a récemment effectuée en Somalie a en effet suscité de vives critiques.

Les élections à venir semblent donc manquer de personnalités dignes des symboles de justice et d’intégrité propres à l’UNESCO. Le comité devra faire un choix difficile. Si l’ambassadeur a le malheur de représenter un pays trouble, il ne porte pas la responsabilité de ses dérives. Il est en autrement d’une dirigeante qui a déjà prouvé qu’elle n’appliquait pas les valeurs qu’elle est censée incarner à sa propre administration.