La loi Copé-Zimmermann réserve 40 % des sièges de conseils d’administration aux femmes dans les grands groupes. Si la parité a effectivement progressé dans les hautes sphères françaises, ces avancées sont encore jugées insuffisantes. A la télévision, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, souhaite instaurer des quotas pour tous les métiers de création audiovisuelle du groupe, tandis que Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes, entend porter le ratio de femmes à 50 % « dans tous les domaines ».

La loi du 11 janvier 2011 avait fixé le 1er janvier 2019 comme date limite à près de 10 000 entreprises françaises pour instaurer un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration (CA) ou de surveillance (pour celles dotées d’un directoire). Cette loi, dite Loi Copé-Zimmerman, complétée par l’article 67 de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, concerne en pratique les seules sociétés comptant plus de 500 salariés, dépassant 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et possédant un siège social en France. Presque 10 ans après, la féminisation des « CA » est devenue une réalité.

Grandes entreprises, entre réelles avancées et forteresses imprenables

D’après l’institut international de veille stratégique Ethics&Boards, les groupes du SBF 120  (indice boursier regroupant les entreprises du CAC 40, du CAC Next 20 et du CAC Mid 60) affichent un taux de 43,6 % de femmes dans leur CA, alors qu’elles ne représentaient que 8,7 % des sièges d’administrateurs en 2007… Selon cette même étude, 23 sociétés affichent une parité à 50-50. Aujourd’hui, la France se place même au premier rang européen et mondial concernant la diversité hommes-femmes. « Les progrès les plus importants ont lieu dans les pays dans lesquels des quotas ont été adoptées », explique Agnès Touraine, présidente de l’Institut français des administrateurs (IFA). En Suisse, par exemple, où il n’existe pas de législation en la matière, les femmes ne représentent que 19 % des administrateurs.

Néanmoins, si dans les grands groupes cotés la mixité fait son chemin, il en va autrement dans les PME, pour lesquelles la loi ne s’applique pas et où les femmes représentent moins de 40 % des sièges. Au sein de ces forteresses encore quasi-imprenables, les femmes ne sont que 17,9 % à siéger dans les hauts lieux de décision tels que les comités exécutifs ou de direction des entreprises du SBF 120. Et seule une femme y occupe le poste de PDG : Christel Bories, à la tête du groupe minier et métallurgique Eramet…

Chez France Télévisions, Delphine Ernotte accélère la féminisation des chaines

Dans l’audiovisuel public, la féminisation est en marche. Le 14 novembre dernier, lors des Assises pour la parité, l’égalité et la diversité, co-organisées par le Centre national du cinéma (CNC) et le collectif 50/50, la présidente du groupe France Télévisions, Delphine Ernotte, a annoncé le respect de quotas dès cette année pour les réalisatrices de fictions télévisées. La dirigeante souhaite étendre, dans un second temps, ces quotas à l’ensemble des métiers de la création audiovisuelle ainsi qu’à toutes les chaînes du groupe. « Sur les feuilletons quotidiens, on est à 30 % de femmes », souligne Anne Holmes, directrice de la fiction chez France Télévisions.

Tant devant que derrière la caméra, les femmes sont encore sous-représentées en France, révèle une récente étude de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina). Entre 2008 et 2018, seules 12 % des fictions diffusées à la télévision ont été l’œuvre d’une réalisatrice. À l’écran, le temps de parole des femmes ne représente qu’un tiers du total, tous programmes et chaînes confondus, selon l’Ina, qui a analysé 700 000 heures de temps d’antenne. « C’est la même chose au cinéma : on se retrouve avec des histoires qui racontent des histoires d’hommes, où les femmes sont réduites la plupart du temps à des objets de désir pour les hommes, mais non pas à des sujets réels. Ces statistiques restent quand même très générales. Si l’on ajoutait à ce critère-là des critères d’importance narrative, d’importance des personnages, on aurait des pourcentages beaucoup plus bas », affirme Geneviève Sellier, historienne du cinéma.

Marlène Schiappa souhaite la parité « dans tous les domaines »

Ce manque de représentation des femmes dans la société française n’a pas échappé à l’actuelle secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes. Les 30 et 31 mai, Marlène Schiappa a annoncé, lors du Women’s Forum America’s de Mexico, vouloir « relever à 50 % les quotas de femmes existant dans tous les domaines ». Une position confortée par les conclusions du rapport remis le 17 décembre par la présidente du HCE (Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), Brigitte Grésy, pour qui « il faut des règles de droit pour avancer, et le passage par les quotas est nécessaire ».

La Loi Coppé-Zimmerman pourrait ainsi être étendue à toutes les entreprises qui réalisent un chiffre d’affaires annuel de plus de 50 millions d’euros, quel que soit le nombre de salariés.

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