Crédit Mutuel Arkea : fin de règne pour Jean-Pierre Denis

Crédit Mutuel Arkéa

En raison des revers et déconvenues rencontrés ces dernières années, le patron du Crédit Mutuel Arkéa prend ses distances avec la banque, synonyme pour certain d’abandon du projet d’indépendance. 

Le projet d’indépendance porté par la direction d’Arkéa ne verra, très probablement, jamais le jour. Depuis 2015, la banque bretonne, présidée par Jean-Pierre Denis, ambitionnait de se séparer du Crédit Mutuel, sa maison-mère contre laquelle Arkéa a multiplié les initiatives juridiques, judiciaires, réglementaires et politiques. En vain : la banque, dont le siège social se situe à Brest, est allée de déconvenue en déconvenue et ses dirigeants, en proie aux polémiques, semblent s’être récemment résolus à abandonner leur projet.

Un parcours semé d’embûches

Les premiers écueils rencontrés par la direction de la banque bretonne commencent en 2016, lorsque la Banque de France et le Trésor se prononcent officiellement contre son projet d’indépendance. Ils sont suivis en cela, en 2017, par la Banque centrale européenne (BCE) qui, en raison des risques posés par sa possible désaffiliation, impose à Arkéa de nouvelles mesures prudentielles — mesures que la banque dénoncera devant la Cour de justice européenne, qui statuera deux ans plus tard en sa défaveur. En 2018, c’est la prestigieuse agence de notation financière Standard & Poors qui met en garde Arkéa contre son projet, prévoyant la possible dégradation de sa note de deux crans. Et, en avril 2018, la Banque de France et l’Autorité de contrôle prudentiel (ACPR) émettent, à nouveau, un avis négatif quant à l’indépendance future d’Arkéa.

En plus de ces revers juridiques, la direction d’Arkéa a été pointée du doigt à plusieurs reprises en raison des méthodes de promotion de son projet : en avril 2018, les caisses locales de la banque se prononcent ainsi, à plus de 90 %, en faveur du projet de scission ; mais le scrutin, entaché d’irrégularités, est jugé illégitime et non démocratique par la Confédération Nationale du Crédit Mutuel. En octobre de la même année a lieu, dans les rues de Paris, une inédite « manifestation de banquiers » en faveur de la désaffiliation ; certains médias révéleront plus tard que les salariés de la banque, payés pour manifester, auraient été contraints par leur direction d’y participer. Enfin, Arkéa a dû, au cours de l’été dernier, procéder à la recapitalisation en urgence d’une de ses filiales d’assurance-vie, Suravenir, au bord de la faillite — opération coûteuse, qui a fragilisé le groupe et obéré davantage ses chances d’obtenir son indépendance.

Rémunérations « illégales » et départ de Ronan Le Moal

Deux récentes mésaventures ont porté un coup particulièrement dur au projet lancé par Jean-Pierre Denis. Début février, on apprenait ainsi le départ de son bras droit, Ronan Le Moal, directeur général du Crédit Mutuel Arkéa depuis plus de dix ans. Une démission surprise qui a pris tout le monde de court, à commencer en interne, et que l’intéressé a justifiée par son désir d’entrepreneuriat. D’après certaines sources, le départ de M. Le Moal serait, en réalité, dû tant à l’impasse dans laquelle se trouvait le projet d’indépendance qu’à la dégradation de ses rapports avec Jean-Pierre Denis.

Enfin, la direction d’Arkéa a dû faire face aux accusations répétées de Mediapart, dont le journaliste Laurent Mauduit a révélé que les salaires perçus par Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal étaient entachés d’irrégularités. De 2010 à 2018, les deux dirigeants auraient ainsi perçu près de 8,2 millions d’euros de rémunérations variables, ce que la loi sur les banques coopératives interdit formellement. Des accusations qui auraient pu jouer un rôle dans la décision de M. Le Moal de quitter l’aventure Arkéa.

Jean-Pierre Denis « prend du recul »

Malgré ces déconvenues, Jean-Pierre Denis n’a pas admis publiquement l’échec de son projet, affirmant à Mediapart, que son « groupe vient d’engager l’élaboration de sa feuille de route (s’inscrivant) dans le cadre du projet d’indépendance ». Pourtant, lors d’une visioconférence tenue le 18 juin, le PDG de la banque a ainsi annoncé à ses cadres dirigeants son intention de « prendre du recul » et de « réduire très sensiblement (sa) présence (et son) interaction avec l’entreprise » dont il a la charge. Une décision que Jean-Pierre Denis dit « regretter », mais qui annonce, selon toute probabilité, la fin du projet d’indépendance qu’il était depuis peu le seul à incarner.

 

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