Un amendement insoumis proposait de supprimer l’inscription au fichier des auteurs d’infractions terroristes comme motif automatique d’incompatibilité pour exercer auprès de mineurs. Retiré après une vive polémique, le texte ne prouve aucune connivence avec l’islamisme. Mais, ajouté aux conclusions sévères d’une commission d’enquête parlementaire, il nourrit une question appelée à peser lourd en 2027 : pourquoi LFI paraît-elle si souvent vouloir désarmer les dispositifs conçus pour contenir les réseaux radicalisés ?
Il est des initiatives parlementaires qui ressemblent à des révélateurs. Le 1er juillet dernier, dans le cadre du projet de loi relatif à la protection des enfants, les députés de La France insoumise ont déposé un amendement proposant de supprimer la référence au Fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes, le FIJAIT, parmi les éléments permettant de déclarer une personne incompatible avec l’exercice d’une activité auprès de mineurs.
L’ASE, rappelons-le, est l’Aide sociale à l’enfance : le service départemental chargé de protéger et d’accompagner les enfants en danger, notamment en les confiant à des familles d’accueil ou à des établissements spécialisés.
L’amendement CS610 ne visait donc pas, contrairement à certaines formulations politiques excessives, à « confier des enfants à des terroristes ». Il aurait néanmoins supprimé l’inscription au FIJAIT comme cause automatique d’incompatibilité. LFI justifiait cette position par le fait qu’une personne peut être inscrite dans ce fichier dès sa mise en examen, avant toute condamnation, et qu’il peut concerner des mineurs à partir de 13 ans. Le mouvement réclamait par conséquent une appréciation individualisée du danger.
Le principe de précaution ne serait pas appliqué pour les mineurs ?
Mais la protection de l’enfance est précisément un domaine dans lequel le principe de précaution doit prévaloir. Lorsqu’un mineur déjà fragilisé doit être confié à un adulte, faut-il réellement attendre une condamnation définitive pour tenir compte d’une mise en examen pour une infraction terroriste ? C’est cette inversion de la prudence qui a provoqué l’indignation de plusieurs parlementaires. L’amendement a finalement été retiré, comme l’ont rapporté nos confrères de La Dépêche du Midi.
Interrogé quelques jours plus tard, le député LFI Hadrien Clouet a soutenu que son groupe ne cherchait pas à assouplir les contrôles, mais à contester un fichier qu’il juge trop large et insuffisamment précis. Cette défense mérite d’être rapportée. Elle ne dissipe cependant pas la question politique : pourquoi avoir choisi la suppression pure et simple du critère plutôt que son encadrement ou la création d’une procédure de réexamen ?
Une accumulation en direction des Frères musulmans qui interroge
Pris isolément, cet amendement ne démontre aucun lien entre LFI et les Frères musulmans. Le FIJAIT ne concerne d’ailleurs pas exclusivement le terrorisme islamiste. Mais l’épisode intervient dans un climat désormais chargé de soupçons.
En décembre 2025, une commission d’enquête parlementaire consacrée aux liens entre responsables politiques et réseaux propageant l’idéologie islamiste a consacré de longs développements à La France insoumise. Son rapport affirme que la stratégie électorale du mouvement auprès de l’électorat musulman aurait conduit certains de ses élus à des manifestations de « complaisance », voire de « soutien actif », envers des individus proches de réseaux islamistes. Il estime également que LFI aurait pu devenir une « cible privilégiée » de stratégies d’entrisme. Ces conclusions, rapportées notamment par la chaine LCP et par Le Parisien, sont politiquement graves.
Elles doivent toutefois être lues jusqu’au bout. Les services de l’État auditionnés n’ont pas établi de liens structurels, d’agenda commun ou de stratégie nationale coordonnée entre LFI et des organisations islamistes. Le rapport met davantage en lumière des proximités individuelles, des convergences militantes, des ambiguïtés et une vulnérabilité possible à l’entrisme qu’une infiltration organisée.
Jean-Luc Mélenchon a, pour sa part, assuré devant la commission que son mouvement « n’acceptera jamais l’entrisme religieux ». LFI a dénoncé une enquête partiale et une instrumentalisation destinée à la disqualifier. La contradiction est donc entière : d’un côté, un parti qui proclame son attachement à la laïcité ; de l’autre, une succession de décisions, de fréquentations et de prises de position qui entretiennent le doute.
Présidentielle 2027 : enfin la transparence ?
Ce doute ne pourra plus être évacué par l’accusation automatique d’« islamophobie ». En mai 2025, le ministère de l’Intérieur a rendu public un rapport consacré aux frères musulmans et à l’islamisation politique en France. Le président Macron a ensuite réuni un Conseil de défense sur l’islamisme, le séparatisme et l’entrisme. Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, avait qualifié le diagnostic d’alarmant.
La présidentielle de 2027 obligera donc chacun à sortir des postures. La droite devra démontrer qu’elle sait combattre l’islamisme sans désigner les musulmans comme suspects collectifs. LFI, elle, devra expliquer pourquoi la défense légitime des libertés publiques semble si régulièrement la conduire à contester les instruments de prévention précisément lorsque le terrorisme ou l’islamisme sont en cause.
La question n’est pas de savoir si Jean-Luc Mélenchon est « frériste » : rien ne permet sérieusement de l’affirmer. Elle est plus politique et peut-être plus dérangeante : à force de rechercher certains électorats et de minimiser les alertes, LFI n’est-elle pas devenue le terrain le plus accueillant pour ceux qui veulent transformer une religion en projet de pouvoir ? C’est cette question, désormais documentée, qui s’invitera au cœur de la campagne présidentielle.








