André : le tribunal de Paris prononce la liquidation judiciaire

Le tribunal des activités économiques de Paris a prononcé le 9 septembre 2026 la liquidation judiciaire de l’enseigne André après trois redressements judiciaires échelonnés entre 2020 et 2025. Fondée en 1896, la marque disparaît avec seulement 30 salariés, victime de problèmes avec son bailleur et de l’échec des négociations avec Westfield. Cette décision soulève des enjeux majeurs de droit commercial concernant la responsabilité des repreneurs successifs et l’ordre de paiement des créanciers.

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André : le tribunal de Paris prononce la liquidation judiciaire
André : le tribunal de Paris prononce la liquidation judiciaire © Juriguide

Le 9 septembre 2026, le tribunal des activités économiques de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de l’enseigne André, marquant la fin d’une histoire de 130 ans et de trois tentatives de redressement judiciaire entre 2020 et 2025. Cette décision, rendue publique le 29 septembre 2026, fixe la cessation de paiements au 30 juin 2026. À cette date, André employait seulement 30 salariés, bien loin des 500 magasins de 1983.

Décision du tribunal

Le tribunal a jugé, le 9 septembre 2026, qu’un redressement de l’enseigne André était impossible. Cette juridiction, spécialisée dans les procédures commerciales, a constaté l’absence de perspectives viables après avoir fixé la date de cessation des paiements au 30 juin 2026, moment où André ne pouvait plus honorer ses dettes avec ses actifs, conformément à l’article L631-1 du Code de commerce.

Obstacles juridiques

Deux obstacles majeurs ont motivé la décision du tribunal. D’une part, des « problèmes avec le bailleur » ont entravé la stabilité commerciale. D’autre part, l’échec des négociations avec Westfield a privé André de points de vente stratégiques, rendant le redressement juridiquement impossible selon l’article L641-1 du Code de commerce. L’augmentation des loyers, mentionnée dans une offre de reprise d’avril 2025, illustre la pression financière subie.

Parcours des redressements judiciaires

Le premier redressement judiciaire d’André a eu lieu en 2020, après le rachat par Spartoo. François Feijoo, via 1Monde9, a repris l’enseigne, conservant 55 magasins sur 180. Cette procédure visait à poursuivre l’activité tout en réduisant le passif. Cependant, la réduction du réseau commercial a révélé une fragilité structurelle que le plan de redressement n’a pas pu corriger durablement.

En février 2023, un deuxième redressement est initié. Optakare, dirigée par Karim Redjal, reprend 21 des 50 boutiques en activité, garantissant l’emploi à 119 des 250 salariés. Toutefois, ce plan échoue à son tour, soulevant des questions sur la responsabilité des repreneurs successifs concernant leurs engagements initiaux.

Le troisième redressement, en avril 2025, survient dans un contexte difficile : 16 points de vente, 99 salariés et un chiffre d’affaires de 11 millions d’euros. Karim Redjal s’engage à reprendre 43 employés et 7 boutiques, mais la cessation de paiements le 30 juin 2026 rend ce plan caduc. Cette succession rapide de procédures interroge sur l’efficacité des dispositifs de sauvegarde des entreprises en difficulté.

Implications juridiques

Ordre de priorité des créanciers

La liquidation d’André déclenche l’ordre légal de paiement des créanciers, selon les articles L641-13 et L643-8 du Code de commerce. Les salariés ont un privilège de premier rang via l’AGS pour les salaires et indemnités dus. Les créanciers munis de sûretés réelles et les créanciers chirographaires suivent. Le bailleur, mentionné parmi les obstacles au redressement, pourra réclamer ses créances de loyers impayés dans les limites légales.

Protections pour les salariés

Les 30 salariés restants bénéficient des protections du Code du travail et du Code de commerce. L’AGS garantit le paiement des salaires des six derniers mois, des indemnités de licenciement et de congés payés, dans les plafonds fixés par l’article L3253-17 du Code du travail. Le liquidateur doit procéder au licenciement économique selon la procédure collective simplifiée, et chaque salarié peut faire valoir ses droits au chômage avec le contrat de sécurisation professionnelle (CSP).

Responsabilité des repreneurs

Entre 2018 et 2026, quatre repreneurs se sont succédé (Spartoo, 1Monde9, Optakare, puis Karim Redjal). Chaque repreneur s’était engagé à maintenir un certain nombre d’emplois et de points de vente. Toutefois, l’écart entre ces engagements et la réalité (30 salariés en 2026) pourrait engager leur responsabilité pour non-respect du plan, comme le prévoit l’article L626-27 du Code de commerce. Cependant, la conjoncture économique dégradée pourrait être considérée comme une force majeure exonératoire de responsabilité.

Contexte jurisprudentiel

La liquidation d’André fait écho à une série de faillites dans le secteur du prêt-à-porter. Minelli et San Marina ont subi des destins similaires. Camaïeu, Esprit, Naf Naf, Kookaï, Gap France et Pimkie ont aussi connu des liquidations récentes. Cette tendance met en évidence l’incapacité des tribunaux de commerce à redresser des enseignes confrontées à la concurrence du commerce en ligne, à la fast-fashion et à des coûts immobiliers élevés. Après Minelli et San Marina, André confirme la fragilité des chausseurs traditionnels face aux évolutions du marché.

En résumé : La liquidation d’André souligne les limites du droit des procédures collectives face aux changements économiques. Trois redressements n’ont pas suffi à sauver l’enseigne créée en 1896. Les mécanismes légaux de protection s’appliquent, mais la responsabilité des repreneurs reste discutable. Cette affaire confirme une tendance jurisprudentielle où les tribunaux constatent souvent l’impossibilité de redresser les enseignes physiques traditionnelles.

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