Comme le rappelle un courrier adressé à la Banque de France le 19 décembre dernier par la Confédération nationale du Crédit Mutuel, celle-ci était prête à lâcher du lest en faveur de sa filiale bretonne, Arkéa. Qui s’entête dans son projet d’indépendance.

Dans un courrier adressé à la Banque de France le 19 décembre dernier, Pascal Durand et Nicolas Théry, directeur général et président du Crédit Mutuel, ont souhaité attirer l’attention sur le manque de conciliation de Jean-Pierre Denis, le président d’Arkéa, avec qui ils sont en « conflit juridique » depuis quatre ans au sujet de l’indépendance de la filiale bretonne.

Un différend « dénué de tout fondement », selon eux, qui pourrait même avoir des répercussions négatives sur l’entité. « Une sortie désordonnée ou ne tenant pas compte des exigences raisonnables formulées par la Confédération créerait une situation préjudiciable aux sociétaires, clients, créanciers et salariés du Crédit Mutuel Arkéa et un précédent systémique pour tout le système mutualiste français et la place financière », ont-ils écrit.

« Processus de séparation »

Ces derniers reprochent notamment aux dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa (CMA) d’avoir gardé le silence lorsque, dans un souci d’« apaisement », ils leur ont proposé une « modification » des « statuts confédéraux » afin qu’Arkéa puisse occuper davantage de « postes de responsabilité au sein de la Confédération [nationale du Crédit Mutuel (CNCM), ndlr] ».

Autrement dit : ils offraient à leur filiale bretonne davantage de liberté de mouvement, ce que réclamait justement Jean-Pierre Denis. Une absence de réaction d’autant plus surprenante que, d’après le courrier adressé à la Banque de France, Pascal Durand et Nicolas Théry sont même allés jusqu’à proposer à Arkéa une « désaffiliation », devant tenir compte, toutefois, « des exigences raisonnables formulées par la Confédération ».

Soit, globalement, le respect d’un « processus de séparation », devant comprendre « trois étapes successives, respectueuses des pouvoirs de la Confédération, de la protection de l’épargne et des exigences démocratiques ». Les dirigeants de la CNCM souhaitaient s’assurer que les épargnants seraient libres, une fois l’indépendance acquise, de demeurer au sein du Crédit Mutuel. Tout comme ils exigeaient de la nouvelle structure un « engagement d’absence de plan social pendant cinq ans et d’absence de sanction, sans limitation de durée, des salariés ayant pris position en faveur de l’unité du Crédit Mutuel ». Certains analystes redoutent à ce titre que l’indépendance d’Arkéa et, par conséquent, son arrivée soudaine sur le marché concurrentiel, ne l’obligent à se délester d’une partie de sa masse salariale.

Jean-Pierre Denis en plein paradoxe ?

Alors qu’en l’état actuel des choses, les dirigeants de la CNCM estiment que la « Confédération […] respecte la subsidiarité et veille à préserver les centres de décision et l’emploi dans les régions. » Quant au CMA, « il dispose d’une représentation adéquate [au sein des organes de direction de la Confédération, ndlr]. Toute l’expérience des dernières années montre que l’action, la politique d’investissement et l’autonomie de gestion du Crédit Mutuel Arkéa ne sont en aucune manière gênées ou entravées par la Confédération », ajoutent-ils. Ce qui interroge nécessairement sur les motivations de Jean-Pierre Denis, qui tient manifestement à l’indépendance de son groupe, mais refuse d’en discuter avec ses autorités de tutelle, quand elles souhaitent s’asseoir à la table des négociations.

Seulement, après six mois de tractations infructueuses, « compte tenu des incertitudes de notre environnement, le temps n’est plus aux manœuvres dilatoires ou aux prises de risques inconsidérés », ont fait savoir Pascal Durand et Nicolas Théry. Qui ont expressément demandé à la Banque de France, compétente s’agissant des activités mutualistes en France, de « clore le dossier ».

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