Mises en garde répétées des autorités de contrôle bancaire, opposition formelle des syndicats, débats houleux, vote repoussé : le projet d’indépendance soutenu par la direction d’Arkéa n’a jamais été aussi incertain, et continue d’électriser en interne.

Des tweets. Des annonces. Des promesses. Mais pas, ou si peu, de concret. Après des mois de bras de fer entre la banque Arkéa et la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), où en est-on du projet d’indépendance porté par la direction de la banque bretonne ?

Les autorités de contrôle pointent les risques et incertitudes du projet

Gouvernement français, Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (APCR), Autorité des marchés financiers (AMF), Banque centrale européenne (BCE) : toutes les autorités de contrôle du secteur bancaire ont mis en garde le PDG d’Arkéa, Jean-Pierre Denis, contre ses projets de sécession, à l’heure où le monde bancaire connaît, au contraire, un mouvement de concentration.

Après un premier avertissement en mars dernier, la BCE a adressé, le 3 septembre, un nouveau rappel à l’ordre à la direction d’Arkéa. Dans cette lettre confidentielle, le grand argentier européen somme Arkéa d’apporter « dans les plus brefs délais » des réponses plus précises et des garanties sur les responsabilités que la banque devrait assumer après la scission.

« De nombreuses zones d’incertitudes juridiques, institutionnelles, prudentielles et opérationnelles demeurent », affirme le courrier, qui émet à nouveau « des doutes sur la faisabilité du calendrier de sortie » éventuelle de la CNCM. Et la BCE de joindre à sa lettre un certain nombre de demandes techniques, en exigeant également que la CNCM soit rigoureusement informée de la procédure envisagée.

Même chose le 5 octobre. Dans un nouveau courrier adressé à la direction d’Arkéa, la BCE estime que « les éléments (fournis par Arkéa) ne répondent que partiellement aux questions précédemment posées » et rappelle « qu’aucune désaffiliation du Crédit Mutuel Arkéa d’avec la CNCM ne pourra avoir lieu sans que le superviseur ait mené au préalable un examen complet de toutes ses conséquences pour les parties concernées ».

Pointant les incertitudes juridiques du dossier, la banque centrale met aussi en garde contre « un risque de sortie désordonnée qui pourrait contraindre le superviseur à agir en vue de limiter ce risque ». Enfin, la CNCM a prévenu qu’elle seule pourrait « en tant qu’organe central (…) procéder à une éventuelle désaffiliation » d’Arkéa.

Les syndicats votent « non »

De leur côté, les syndicats d’Arkéa sont fermement opposés à l’indépendance. Le 18 octobre, les élus du Comité central d’entreprise (CCE) ont voté, à une large majorité, contre le projet de leur direction. Estimant que son plan « demeure dans un flou juridique » et qu’il ne tient pas compte « de paramètres essentiels comme le coût de refinancement, la possible dégradation de la notation bancaire, les incertitudes concernant les besoins en fonds propres ou encore la concurrence de nouvelles agences Crédit Mutuel ».

Un avis purement consultatif, la direction d’Arkéa ayant affirmé prendre « acte de l’opposition des instances représentatives, tout en confirmant la poursuite de cette mise en œuvre ». Une décision qui a « renforcé le clivage entre salariés », estiment encore les syndicats, selon qui leur direction est coupable de rétention d’information et de désinformation.

En juillet dernier, les syndicats dénonçaient en effet le premier document transmis par leur direction, un texte « maigrelet pour une réforme de fond et vraiment peu pour un texte censé détailler les conséquences sociales, économiques et juridiques de la séparation ». In fine, les syndicats estiment qu’ils en ont « appris bien plus par la presse que dans le document » fourni par leur direction.

« Tension grandissante »

Parallèlement, l’ancienne ministre socialiste Marylise Lebranchu et son collectif « Restons mutualistes » parcourent la Bretagne pour débattre de l’avenir d’Arkéa. Des réunions publiques dans lesquelles Mediapart a révélé que la direction locale d’Arkéa souhaite « une présence d’administrateurs et de collaborateurs armés », « pour porter la contradiction (à) cette autoproclamée mutualiste authentique » que serait Mme Lebranchu.

« Je m’étonne encore de l’agressivité des “défenseurs” de la scission, commente celle qui est sociétaire du Crédit Mutuel depuis 40 ans. La violence des réseaux sociaux, les slogans, les anathèmes, n’ont rien à faire dans un débat d’une telle importance ». Conséquence de cet entrisme, les réunions du collectif sont le théâtre d’une « ambiance (…) survoltée » où « accusations réciproques et invectives » pleuvent, traduisant une « tension grandissante » entre pro et anti-indépendance.

Une seconde consultation qui se fait attendre 

Après un premier vote de ses caisses locales, favorable à l’indépendance, Arkéa annonce, depuis plusieurs mois, qu’un second vote, définitif et « éclairé » — ce qui n’aurait pas été le cas du premier selon la CNCM —, devait se tenir au mois d’octobre. Selon un autre document, ce scrutin devrait se tenir « à l’automne ». Le 13 novembre 2018, aucune date n’était encore fixée… Le chemin vers l’indépendance semble plus compliqué que prévu pour la filiale du Crédit Mutuel.

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