Emprisonné depuis 2017 pour escroquerie, l’ancien maire de Dakar Khalifa Sall a été libéré par décret présidentiel. Cette décision traduit la volonté de concorde portée au plus haut sommet de l’Etat.

Surprise chez les Sénégalais et soulagement chez les proches et partisans de l’ancien maire de Dakar : Khalifa Sall est sorti de prison dimanche 29 septembre après la remise de peine accordée par le président de la République. C’est escorté par une foule en liesse qu’il a regagné son domicile tard dans la nuit.

Accusé de détournement de deniers publics dans l’affaire dite de la « caisse d’avance », il avait été reconnu coupable, au terme d’un procès-fleuve, du détournement de 1,8 milliard de francs CFA (environ 2,7 millions d’euros). Sa grâce et sa remise en liberté immédiate interviennent alors qu’il avait déjà purgé près de la moitié de sa peine. Deux de ses anciens collaborateurs et co-accusés, Mbaye Touré et Yaya Bodian, ont également été graciés par la présidence.

Interrogés par RFI, les avocats de l’ancien maire de Dakar ont salué « la volonté d’apaisement » dont a fait preuve le chef de l’Etat en tendant la main à l’un de ses plus farouches opposants politiques.

Avec cette décision prise de manière discrétionnaire en vertu d’une prérogative constitutionnelle, Macky Sall concrétise sa volonté d’oeuvrer à la réconciliation nationale. Au lendemain de sa victoire à l’élection présidentielle du 24 février 2019, obtenue dès le premier tour avec un score de 58,27%, il avait donné le ton en appelant toutes les forces vives du Sénégal à un dialogue inclusif. 

Un contexte de décrispation

Travaillant de concert avec les chefs religieux musulmans de la confrérie des mourides, le Président Macky Sall a entrepris, dans la foulée de sa réélection, de retisser les liens dans un paysage politique déchiré. Cette démarche s’est traduite par la spectaculaire réconciliation avec son prédécesseur Abdoulaye Wade, les deux hommes s’affichant main dans la main vendredi dernier à l’occasion de l’inauguration de la mosquée Massalikoul-Djinane à Dakar.

Ce rapprochement préfigurerait le déblocage d’une autre affaire qui agite la vie politique sénégalaise depuis plusieurs années, impliquant Karim Wade, le fils de l’ancien président. Opposants déclarés au président sortant, Karim Wade comme Khalifa Sall n’avaient pas pu se présenter à la présidentielle de 2019 du fait de leurs ennuis judiciaires. Accusé  par leurs partisans d’avoir instrumentalisé la justice à son profit, le pouvoir a récusé ces accusations avec la plus grande fermeté.

Après avoir effectué à quelques jours d’intervalle deux gestes forts salués dans l’ensemble de la classe politique sénégalaise, le président Macky Sall entend désormais sonner la mobilisation pour le développement économique et social du pays. Quant aux partisans de Khalifa Sall, ils ont déjà en tête la présidentielle de 2024, avec la volonté de laver l’honneur de leur champion qui continue de clamer son innocence.

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