Après les députés, les sénateurs ont refusé d’inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate. Une décision significative alors que le caractère cancérigène du glyphosate reste une position scientifiquement minoritaire.

Une fois n’est pas coutume, le Sénat vient de faire mentir les prédictions du député LREM Jean-Baptiste Moreau, qui estimait « excessivement compliqué » de trouver un accord entre sénateurs et députés sur le projet de loi agriculture et alimentation. Les sénateurs ont pourtant rejeté les amendements prévoyant d’inscrire l’interdiction du glyphosate dans la loi, une décision qui réaffirme la position du Palais Bourbon sur ce sujet.

Les parlementaires semblent avoir été sensibles à l’argument de Stéphane Travert selon lequel, si nous devons mettre « toutes les chances de notre côté » afin de trouver des alternatives, « il n’y a jamais eu de promesse présidentielle pour inscrire dans la loi l’interdiction de l’usage du glyphosate ». Pour le ministre de l’Agriculture, une telle inscription n’aiderait pas les chercheurs à régler le « problème scientifique », tandis que Jean-Baptiste Moreau, rapporteur du projet de loi, estime qu’elle ne ferait que « relancer les tensions ».

Or, ces dernières sont déjà importantes à l’échelle mondiale. La controverse scientifique autour du glyphosate continue en effet de faire rage, et ce malgré le déséquilibre évident entre les adversaires.

 

Un consensus scientifique innocenterait le glyphosate

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, reste à ce jour la seule agence internationale à avoir classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme. Selon l’institut basé à Lyon, « il existe des preuves solides que le glyphosate cause une génotoxicité », des « preuves suffisantes de cancérogénicité du glyphosate sur les animaux de laboratoire » et « des preuves limitées chez l’homme de la cancérogénicité ».

En face, de nombreux organismes prestigieux soutiennent le contraire. Pour l’Agence allemande de sécurité sanitaire (BfR), « le glyphosate n’induit pas de mutations in vivo et aucune classification de risque de mutagénicité n’est justifiée ». Elle conclut ainsi qu’il « n’y a pas de risque cancérogène lié aux usages prévus de l’herbicide ».

C’est également l’avis de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA), pour qui « il est improbable que le glyphosate présente un risque cancérogène pour l’homme ». Pour l’Agence française de sécurité sanitaire (Anses), « le niveau de preuve de la génotoxicité du glyphosate chez l’animal peut être considéré comme relativement limité », tandis que le JMPR (Réunion mixte de la FAO et de l’OMS sur les résidus de pesticides) estime que « le glyphosate est peu susceptible de présenter un risque cancérogène pour l’homme à travers le régime alimentaire ».

 

« On est bien loin d’une exposition dangereuse »

L’Autorité de protection de l’environnement de Nouvelle Zélande (NZ EPA), l’Agence américaine de protection de l’environnement (US EPA), l’Autorité australienne des pesticides et des médicaments vétérinaires (APVMA), la Commission japonaise de sécurité des aliments (FSCJ), l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Agence canadienne de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) sont également d’accord : le glyphosate ne présente pas de risque cancérogène ou génotoxique pour l’homme.

La polémique continue cependant de gonfler, et les médias n’y sont pas pour rien. Selon une enquête diffusée en juin par le magazine « 60 millions de consommateurs », de nombreuses bières présentent des traces de pesticides ou de glyphosate. Une information susceptible de susciter la peur et alimenter les fausses controverses. Car selon la même étude, il faudrait ingérer près de 2 000 litres par jour de la bière la plus contaminée pour dépasser la dose admissible. « On est donc bien loin d’une exposition dangereuse », conclut le magazine. Logique et rassurante, cette conclusion devrait toutefois connaître un succès moins important auprès des médias.

 

Crédit photo: Peter Wendt.

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