Cinq médecins impliqués dans un trafic d'organes au Kosovo ont étés condamnés à des peines allant jusqu'à 8 ans de prison. Le trafic s'étendait jusqu'en Europe, Amérique du Nord et Proche-Orient.

La décision est historique. Le tribunal européen de l'Eulex (en charge des dossiers particulièrement sensibles au Kosovo)  a prononcé hier la peine la plus lourde, soit 8 ans de prison, après un procès débuté en 2011. Une décision « importante de la justice en faveur des victimes du trafic d'êtres humains», a déclaré le procureur européen Jonathan Ratel à la sortie du tribunal.

M. Ratel est parvenu à faire inculper les cinq médecins de criminalité organisée et exercice illégal d'activités médicales dans la clinique Medicus. L'urologue Lutfi Dervishi, propriétaire de la clinique, a écopé de la plus lourde de peine, 8 ans de prison. Son fils, Arban, a lui été condamné à sept ans et trois mois de prison.

Trois autres médecins ont été condamnés à des peines allant d'un an avec sursis à trois ans de prison. Parmi eux, l'anesthésiste Sokol Hajdini a été condamné à trois ans de prison. Il assure néanmoins n'avoir pas su qu'il s'agissait de transplantations illégales. Les deux derniers inculpés, dont un ancien secrétaire du ministère kosovar de la Santé soupçonné d'avoir signé une autorisation illégale d'activité, Ilir Rrecaj, ont été acquittés.

Les coupables devront verser 15 000 euros de dommages à sept des victimes.

Le procès a vu défiler 80 témoins à la barre ou en vidéoconférence, notamment des donneurs et des receveurs d'organes.

Pendant le procès, le procureur a affirmé qu'il s'agissait d'un réseau international de trafic d'organes, « le plus vaste jamais mis au jour sur le continent européen ».

Deux coupables manquants

Le ressortissant israelien, Moshe Harel, est désigné comme le cerveau du réseau de recrutement des donneurs et receveurs d'organes qui s'étendait en Europe et Asie centrale. Le médecin Yusuf Ercin Sonmez, surnommé « Dr Frankenstein », et déjà interpellé pour des faits similaires en 2005, est également soupçonné d'avoir été le principal acteur dans la majorité des greffes illégales. Cependant, aucun des deux hommes n'a comparu devant le tribunal européen.

Le Dr Frankenstein avait été arrêté lors du raid contre la clinique. Il avait été autorisé à rendre visite à sa mère, prétendument malade en Israël. Il n'est jamais revenu au Kosovo.

En effet, les demandes d'extradition envoyées en Turquie et en Israël pour ces deux hommes n'ont pas été satisfaites, car ces pays ne livrent pas leurs ressortissants. Le médecin turc a cependant été entendu à Istanbul en mars 2011.

Un trafic d'organes sans précédent

Le nombre de malades sur liste d'attente a rendu la transplantation d'organes particulièrement lucrative pour la mafia. Mais il est très compliqué de percer à jour un tel trafic.

Le 4 novembre 2008, un ressortissant turc s'apprêtant à embarquer pour Istanbul était arrêté à l'aéroport de Pristina dans un état déplorable après avoir subi un prélèvement de rein, au profit d'un malade israélien, dans la fameuse clinique.

C'est 30 prélèvements de reins et transplantations qui avaient eu lieu dans la clinique Medicus, aujourd'hui fermée. Les donneurs se voyaient promis la somme de 20.000$ tandis que les receveurs étaient prêts à débourser jusqu'à 132.000$ pour une intervention chirurgicale.

Les donneurs étaient pris en charge à Istanbul puis envoyés au Kosovo. La somme promise ne leur était jamais versée.

Les receveurs étaient pour la plupart originaires d'Israël, du Canada, de Pologne, des Etats-Unis et d'Allemagne.  Des personnes aisées, souhaitant écourter les délais d'attente dans leur pays.

L'enquête est remontée jusqu'aux pays sources. Les fonds d'origine pour la création de la clinique provenaient d'Allemagne.

Une affaire qui remonterait à la guerre d'indépendance

Le rapporteur Dick Marty n'a pas été autorisé à comparaître devant le tribunal en qualité de témoin, comme l'avait réclamé le procureur Ratel. En 2010, M. Marty a publié un rapport choc sur le trafic d'organes au Kosovo. Il évoque un lien entre le trafic ayant eu lieu au cours du conflit kosovare par la guérilla indépendantiste et le cas de la clinique Medicus.

M. Marty a mis en cause dans l'affaire du trafic d'organes durant la guerre l'ex-chef de la guérilla Hashim Thaçi, actuellement Premier ministre du Kosovo.
Le procureur américain chargé du dossier, Clint Williamson, a déclaré qu'une enquête internationale sur les faits énoncés dans ce rapport doit prendre fin en 2014.